Je croyais alors que réussir mon intégration passerait essentiellement par l’emploi et la persévérance, outre la langue que je maîtrisais déjà. L’expérience m’a surtout appris qu’on néglige beaucoup un paramètre additionnel pourtant essentiel à une véritable inclusion, particulièrement des citoyens issus des communautés ethnoculturelles.
**L’écoute du terrain pour mieux comprendre **
Au fil des années, j’ai eu le privilège de travailler au sein de l’administration publique québécoise et d’institutions financières, tout en m’impliquant dans ma communauté. Plus récemment, mon engagement au cœur de Montréal-Nord m’a amené à lancer plusieurs initiatives citoyennes, dont un Groupe d’échange virtuel et l’Initiative Dialogues Citoyens.
Pendant des mois, j’ai surtout pris le temps d’écouter pour mieux comprendre. D’un côté, j’ai rencontré nombre de citoyens voulant sincèrement contribuer à la société, mais qui s’avèrent étonnamment peu outillés, éloignés des espaces décisionnels. J’ai côtoyé des parents qui ignorent les structures administratives influençant leur quotidien, et des jeunes prometteurs cherchant une façon de s’engager, sans un réel soutien.
Tout cela, sachant que de l’autre côté, plusieurs institutions qui souhaitent mieux rejoindre ces populations, peinent encore à trouver les canaux appropriés pour tisser de véritables liens de confiance avec ces communautés.
Un tel fossé ne peut s’expliquer uniquement par une rigidité institutionnelle, un manque de volonté des citoyens ou une absence de talents. Il révèle surtout des barrières invisibles, d’un côté comme de l’autre, qu’il nous faut impérativement lever, comme société, afin de favoriser une pleine participation de tous.
La pièce manquante à l’inclusion
Avec le recul, une première conviction s’est imposée à moi : personne ne peut participer pleinement à un ensemble collectif dont il ne maîtrise pas suffisamment les rouages. Le débat public se concentre en effet depuis des décennies sur l’intégration économique, linguistique et la lutte contre la discrimination. Ces dimensions demeurent fondamentales, mais occultent cependant un paramètre pourtant vital : l’intégration citoyenne.
Évidemment que les institutions ont la responsabilité d’être accessibles, transparentes, représentatives et dignes de confiance. C’est un prérequis démocratique non négociable. Mais pour que cette ouverture produise pleinement ses effets, encore faut-il que les citoyens possèdent les clés nécessaires. Dans une société véritablement inclusive, l’intégration digne et achevée des citoyens suppose également que chacun, peu importe l’origine, développe une véritable culture citoyenne lui permettant de comprendre suffisamment les règles du jeu démocratique pour y participer aisément.
C’est là une préoccupation de plus en plus présente dans le débat public québécois. Or une question demeure encore sans réponse : comment accompagne-t-on concrètement les citoyens vers cette pleine participation à la société?
Dépasser la logique de confrontation
Au fil de mes engagements, une seconde conviction s’est imposée à moi : bâtir une société inclusive requiert, collectivement, de sortir de la posture qui oppose systématiquement les institutions aux communautés.
Certes, l’injustice et la discrimination doivent être fermement dénoncées. Cependant, l’inclusion durable exige de jeter des ponts stables, d’aider les citoyens à décoder les structures, pour y participer pleinement et contribuer à leur évolution de l’intérieur.
À mes yeux, la véritable inclusion consiste autant à rapprocher les institutions des citoyens qu’à rapprocher les citoyens des institutions. C’est précisément là que l’éducation civique et la capacité d’agir prennent tout leur sens.
Prêcher par l’exemple
Ces convictions profondes, forgées par mon vécu personnel et le contact du terrain, m’ont amené à franchir une étape supplémentaire dans mon implication : le 25 juillet prochain, je lance officiellement l’organisme Impact Collectif Canada (ICC).
L’ambition de cet organisme n’est pas d’ajouter une voix polarisante additionnelle à un espace public déjà saturé. Cet OBNL cherchera plutôt à miser sur l’éducation citoyenne, la sensibilisation, le dialogue et le renforcement des capacités, pour stimuler l’engagement citoyen et réduire le fossé institutionnel à l’égard des communautés ethnoculturelles.
Parce qu’en définitive, une démocratie forte et équitable ne repose pas uniquement sur la qualité de ses lois ou de ses institutions. Elle repose avant tout sur l’aptitude de toutes les couches de sa population à comprendre son environnement, à y participer pleinement et à le faire évoluer au bénéfice du bien commun.
Omega Jules, Adm.A, M.Fisc, MBA Président-Fondateur Impact collectif Canada www.impactcollectif.ca

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